Présentation

Dimanche 09 Décembre 2007

Le palmier à huile
Elaeis guineensis Jacq.
2n = 32

 

 

 


1 - Botanique

 

Le palmier à huile appartient à l'ordre des Palmales, famille des Palmae et se rattache à la sous-famille des Cocoideae, tribu des Cocoinae. Il est cultivé pour son fruit, une drupe, exploité pour sa pulpe qui fournit l'huile de palme et pour son amande qui contient l'huile de palmiste.

Le genre Elaeis comporte trois espèces :

 

  • Elaeis guineensis Jacq., palmier d'origine africaine. Les peuplements de cette espèce occupent, le long de la côte occidentale d'Afrique, une vaste bande parallèle au rivage de 50 à 200 km de large et de plus de 6 000 km de long, s'étendant du Sénégal à l'Angola. Au niveau de l'équateur, l'aire de dispersion s'enfonce à l'intérieur des terres jusqu'à 2.000 km des côtes. Son extension maximale se situe dans la cuvette congolaise.

     

  • Elaeis oleifera (HBK) Cortès (syn. Elaeis melanococca Gaertner), palmier d'origine américaine. Il se rencontre à l'état spontané en Amérique Centrale et dans le Nord de l'Amérique du Sud. Au Brésil, on le rencontre le long de l'Amazone et sur les rives d'un de ses affluents, le Madeira. On le signale au Surinam, en Colombie, au Panama, au Costa-Rica. Il se distingue de son confrère africain par plusieurs caractères. Nous n'en citerons que quelques-uns :
    o vitesse de croissance du stipe nettement moins grande de celle de E. guineensis,o nombre de fleurs par inflorescence femelle nettement plus élevé que chez E. guineensis, ce qui entraîne des régimes nettement plus gros, des fruits plus petits, un pourcentage de fruits parthénocarpiques et avortés plus élevé. Son taux d'huile sur régime est peu élevé en raison de ses nombreux fruits parthénocarpiques et avortés et d'une faible épaisseur de la pulpe. Si ce palmier américain offre peu d'intérêt pour la production industrielle de matière grasse, il est cependant susceptible d'être utilisé avec succès par l'améliorateur (croissance ralentie du stipe, résistance aux maladies).

     

  • Elaeis guineensis var. madagascariensis Beccari, palmier originaire de Madagascar comme son nom l'indique. Il se rencontre sur la côte ouest de la Grande Île. Les fruits sont très petits, leur mésocarpe est mince, les régimes plus volumineux. Son intérêt pour la culture est faible. Il est cependant susceptible de fournir en croisement avec des palmiers africains, des descendances intéressantes.

     

o Formes observées chez Elaeis guineensis

 

De nombreuses classifications ont été proposées depuis celle de Welwitsch qui, vers 1858, reconnaissait deux variétés en Angola : macrosperma (= ± dura) et microsperma (= ± tenera).

 

Aux Indes néerlandaises, la classification établie par l'AVROS ("Algemeen Vereniging van Rubberplanters ter Oostkust van Sumatra") était basée, avant tout, sur l'épaisseur de l'endocarpe (coque) et du mésocarpe (pulpe). Parfaitement adaptée au matériel relativement homogène rencontré à Sumatra, elle distinguait quatre variétés ou types :

 

  • var. macrocarpa (type "Congo"), endocarpe d'une épaisseur de 4 à 8 mm, représentant ± 50 % du poids du fruit, mésocarpe mince de 1 à 2,5 mm, amande de dimension variable;

     

  • var. dura (type "Deli"), endocarpe d'une épaisseur de 2 à 5 mm, correspondant à environ 30 % du poids du fruit, le mésocarpe peut varier entre 2 et 6 mm d'épaisseur, grosseur de l'amande variable ;

     

  • var. tenera (type "Lisombe"), endocarpe de 1 à 2,5 mm, soit ± 10 % du poids du fruit, épaisseur du mésocarpe faible ou élevée, amandes de toutes les dimensions ;

     

  • var. pisifera, longtemps considérée comme un cas tératologique et caractérisée par l'absence d'endocarpe.

     

En Afrique, les nombreuses formes rencontrées dans les palmeraies subspontanées ont donné lieu, dans différents pays, à de nombreux essais de classification parmi lesquels il faut rappeler, entre autres, ceux de Chevalier, Beccari, Jumelle, Annet, Bucher et Fickendey.
D'autres tentatives ont été faites au Centre de Yangambi entre 1939 et 1952. En 1952, il a été procédé à la dernière mise au point de la classification qui reste généralement admise de nos jours. Elle repose sur les caractères retenus dans les divers essais antérieurs (morphologie du fruit et de la feuille) et, aussi et surtout, sur leur transmission héréditaire.
Les caractères suivants sont envisagés :

 

  • la présence ou l'absence de carpelles supplémentaires,

     

  • l'épaisseur de l'endocarpe et l'existence ou non de fibres l ignifiées dans le mésocarpe,

     

  • la pigmentation du fruit avant maturité,

     

  • la disposition des folioles sur le rachis de la palme.

     

Présence ou absence de carpelles supplémentaires. Chez les fruits de certains palmiers (Figure 9.1.1.), on observe, en lieu et place de la couronne staminodiale, une gaine de carpelles soudés entre eux sur presque toute la longueur. Ils sont munis assez souvent d'un rudiment d'endocarpe et surmontés d'un stigmate. En 1918, le Français Annet en fait une sous-espèce qu'il nomme poissoni du nom des frères Poisson, colons installés à l'époque au Cameroun. Ces palmiers sont connus sous des vocables très divers : "palmiers à oreilles" pour les Français, "diwakkawakka" pour les Allemands et les Néerlandais et "mantled type" pour les Anglais.

 

 

 

 

À première vue, cette sous-espèce semble présenter un certain intérêt du fait de son plus haut pourcentage en pulpe sur fruit. Néanmoins, la richesse en huile des carpelles supplémentaires est nettement inférieure à celle du mésocarpe du fruit proprement dit. En outre, le taux de fruits normaux sur régime est sensiblement moins élevé que chez les types ordinaires ; cela résulte principalement de la forme globuleuse des fruits qui laissent entre eux des espaces inoccupés, contrairement à ce que l'on constate pour des fruits allongés.

 

Elaeis guineensis de type poissoni a été signalé dans toute la zone de répartition du palmier à huile.

 

Épaisseur de l'endocarpe. Au double point de vue économique et taxonomique, le caractère "épaisseur coque" est déterminant. En effet, des trois composants du fruit - pulpe, coque et amande -, l'élément sans valeur, celui que le sélectionneur devra réduire au minimum, est la coque.

Actuellement, la classification généralement acceptée ne comporte plus que trois types : pisifera, tenera et dura. (Figure 9.1.2.)

 

 

 

 

Type pisifera

 

Le fruit est complètement dépourvu d'endocarpe, il se compose uniquement d'un mésocarpe relativement épais et d'une amande de dimension assez réduite. Alors que chez les fruits à coque le diamètre de l'opercule, qui recouvre l'embryon, est égal tout au plus à celui du pore germinatif (qu'il doit traverser lors de la germination), chez le pisifera l'opercule est très développé et peut recouvrir parfois près de la moitié de la surface de la graine. De plus, en coupe transversale, la pulpe à maturité est parsemée de points noirs dont la densité augmente à mesure que l'on se rapproche de l'amande. Ce sont des fibres lignifiées qu'une coupe longitudinale fait apparaître clairement. Elles contribuent à la protection de la graine, rôle qui est assuré par la coque dans les autres types de fruits.

Le plus souvent, les pisifera se caractérisent aussi, dans leur jeune âge, par la formation d'un grand nombre de régimes dont les fruits avortent. De là, les noms de stériles ou avortés qui leur furent donnés à Yangambi au Congo, lors de leur apparition en quantité assez importante (environ 25 %) dans les premiers croisements "tenera x tenera". L'avortement se traduit extérieurement par le dessèchement des infrutescences ; il a lieu soit quelques jours après l'anthèse, soit après un laps de temps beaucoup plus long, pouvant aller jusqu'à trois ou quatre mois.

 

Vers l'âge de cinq à six ans, certains pisifera produisent des régimes dont quelques fruits seulement arrivent à maturité. Ils sont la plupart du temps dépourvus d'amande ; toutefois l'emplacement de celle-ci est très bien marqué par la présence d'une cavité de 2 à 3 mm de diamètre.

 

En règle générale, ce n'est que vers huit à neuf ans que les pisifera commencent à donner des régimes portant quelques fruits munis d'une amande mais toujours dépourvus de coque.

 

À noter qu'il n'y a rien d'absolu dans ce comportement des palmiers pisifera. Il est des arbres qui, malgré leur âge avancé, sont toujours porteurs d'une couronne abondante d'infrutescences entièrement pourries. Par contre, il existe des individus de trois à quatre ans qui produisent déjà des fruits typiquement pisifera.

 

Il y a lieu d'insister sur le fait que le pisifera donne, dans certaines conditions, des régimes dont les fruits mûrissent ; il s'agit là, le plus souvent mais pas toujours, d'un phénomène intermittent. En effet, après avoir produit quelques infrutescences dont certains fruits arrivent à complet développement, l'arbre en forme ensuite d'autres qui avortent complètement.

De plus, les régimes qui arrivent à maturité présentent d'habitude un taux de fruits très faible ; les fleurs de nombreux épis ne se nouent pas et leur pourriture subséquente crée un milieu particulièrement favorable à la multiplication des insectes et des champignons ; ils peuvent, dans certains cas, s'attaquer aux fruits en voie de développement. En principe, le pisifera doit donc être considéré comme un palmier pratiquement improductif.

Une autre caractéristique frappante des pisifera est leur développement végétatif plus luxuriant que celui des tenera et des dura. À l'âge de six ou sept ans, ils se reconnaissent à distance au diamètre de leur stipe et à l'ampleur de leur frondaison.

 

D'une façon générale, le caractère "avortement" semble lié à l'absence de coque ; néanmoins, il existe quelques pisifera fertiles produisant régulièrement des fruits normaux. De tels palmiers pourraient présenter un certain intérêt pour la sélection.

 

Types dura et tenera

 

Le type dura est le mieux représenté - et de loin - dans les peuplements naturels et subspontanés. Dans ces derniers, l'épaisseur de la coque varie, pour les fruits extérieurs, de 2,5 à 6 ou 7 mm, tandis que chez les tenera, elle dépasse rarement 2 mm.

 

L'épaisseur de l'endocarpe n'est pas constante pour tous les fruits d'un même arbre. Elle fluctue non seulement d'un régime à l'autre, mais également au sein d'un même régime. Il s'ensuit que pour déterminer un palmier, la mesure de l'épaisseur de la coque doit se faire sur des fruits extérieurs bien développés, choisis sur un régime de début de série. Ceci est indispensable, car on a constaté des épaisseurs moyennes de coque variant de 4,5 mm pour les régimes de tête de série à 1,5 mm pour les régimes de fin de série.

 

La différence entre tenera et dura n'est donc pas toujours très nette, si l'on s'en tient à la seule mesure de la coque. Pour obtenir une détermination certaine, on s'aidera d'une autre particularité. À maturité, la zone de pulpe qui entoure immédiatement la noix du tenera est, comme chez les pisifera, parsemée, d'un réseau de fibres lignifiées bien visibles à maturité. Ces fibres se réunissent à la partie inférieure de la noix et forment la "queue" caractéristique des fruits tenera (particulièrement visible chez les fruits extérieurs). Chez les dura, même pour les fruits intérieurs à coque mince (1 à 2 mm), la limite pulpe-coque est toujours très nette, la zone intermédiaire à fibres lignifiées n'existant pas.

D'autre part, chez les dura, l'endocarpe se prolonge en pointe jusqu'à la base du fruit ou presque ; chez le tenera, il est entièrement localisé - pour les fruits extérieurs tout au moins - dans la moitié ou les deux tiers supérieurs de la drupe. Une coupe transversale au couteau, un demi centimètre au-dessus de la base d'un fruit extérieur mûr et normalement développé, montre que :

 

  • chez tenera, la lame passe plus ou moins facilement et on observe au centre de la coupe un rond de fibres noires ;

     

  • chez dura, la lame est arrêtée par la pointe de l'endocarpe.

     

Pigmentation du fruit avant maturité

 

À cet égard, on distingue trois types, le type nigrescens, le type virescens et le type albescens.

 

Type nigrescens

 

C'est le type le plus fréquent. Quelques jours après la fécondation, le sommet du jeune fruit commence à se colorer en violet foncé presque noir. Cette teinte résulte de la présence de deux pigments : la chlorophylle et l'anthocyane. À mesure de l'accroissement du fruit, la zone pigmentée s'étend de plus en plus vers le bas. Jusqu'au moment de la véraison, soit environ un mois avant la maturité, la partie inférieure du fruit reste généralement incolore. Entre cette zone et la partie violet foncé se dessine fréquemment une bande verdâtre qui s'efface généralement à maturité.

À l'époque de la véraison, alors que l'huile et ses pigments caroténoïdes se forment dans la pulpe, la coloration foncée de l'épicarpe disparaît, le fruit prend une teinte d'un rouge orange plus ou moins prononcé ; les fruits extérieurs gardent toutefois une calotte noirâtre.
Lorsqu'une inflorescence isolée au moment de l'anthèse est gardée en sac opaque jusqu'à la récolte, la chlorophylle ne peut se former par suite du manque de lumière ; à part le dessous du fruit, le reste offre une couleur lie de vin (anthocyane) ; à maturité, celle-ci reste uniquement présente dans la zone entourant les stigmates.

 

Type virescens

 

Celui-ci, assez rare (0,5 à 1 pour 10 000), se rencontre cependant dans tous les peuplements naturels africains. Il a également été observé dans les palmeraies subspontanées de l'État de Bahia. L'épicarpe ne renferme qu'un seul pigment, la chlorophylle ; l'anthocyane est complètement absente.

Le tout jeune fruit se colore en vert, tout d'abord au sommet puis sur presque toute sa surface. Au moment de la véraison, la drupe prend une couleur rouge orange ; néanmoins, le sommet des fruits extérieurs reste presque toujours verdâtre.

 

Chez un régime mis à l'abri de la lumière depuis l'ouverture des spathes, la chlorophylle ne pouvant se former, les fruits restent entièrement blanchâtres et prennent une teinte jaune crème à l'époque de la maturité. Il n'y a donc aucune trace d'anthocyane.

 

Le virescens ne présente aucun intérêt spécial quant à la qualité de son huile.

Type albescens

 

Alors que la majorité des Elaeis connus donnent une huile plus ou moins rougeâtre, due à la présence en quantité plus ou moins importante de carotène, certains palmiers produisent une huile qui en est presque complètement dépourvue, de coloration jaune or à ivoire, ce sont les albescens.

Avant maturité, la drupe est noire ou verte, de sorte qu'il existe des arbres à fruits nigrescens sans carotène à maturité (albo-nigrescens) et d'autres à drupes virescens pratiquement dépourvus de carotène au moment de la récolte (albo-virescens).

 

Les albescens sont très rares ; ils font défaut dans des zones entières. Au Congo, ils ont été observés au Mayumbe (Tshela). Dans cette région, les régimes des palmiers à fruits blancs ("sièla") sont réservés aux chefs et aux notables ; leur nombre y est cependant très faible.

 

Le caractère albescens est héréditaire (récessif et très vraisemblablement monofactoriel). Étant donné la facilité de décoloration des huiles, celle des palmiers albescens ne semble plus présenter grand intérêt.
Les quatre caractères étudiés sont héréditaires et se transmettent indépendamment les uns des autres. Il existe donc autant de types d'Elaeis qu'il y a de combinaisons possibles entre les diverses formes des caractères envisagés. La clef des 24 phénotypes possibles fait l'objet du tableau 9.1.1.

 

 

Tableau 9.1.1. - Clef des 24 phénotypes possibles de fruits d'Elaeis guineensis

 


Vu la très faible fréquence de certaines combinaisons des quatre caractères servant de base à la classification ci-dessus, il n'est pas étonnant que, parmi les 24 phénotypes cités, il en est qui n'ont jamais été signalés dans la nature. Ils peuvent néanmoins être obtenus par croisements artificiels. C'est ainsi qu'à Yangambi, au départ d'un poissoni nigrescens dura homozygote et d'un virescens pisifera lui aussi homozygote, il a été obtenu une descendance composée à 100 % de poissoni virescens tenera (150 individus).

 

Disposition des folioles sur le rachis

 

Chez la très grande majorité des Elaeis, les bases des folioles, parfaitement indépendantes les unes des autres, se contractent à leur niveau d'insertion en un bourrelet jaunâtre (type ordinaire).

En Afrique occidentale, on a signalé depuis longtemps l'existence d'arbres dont les folioles ne se séparent pas et forment des limbes entiers ou semi-entiers. Ce sont les idolatrica ("palmiers fétiches" ou "King palm"). Au Congo, de nombreux observateurs ont signalé la présence d'un autre type de feuille, confondu longtemps avec l'idolatrica. Contrairement à ce qui se passe chez ce dernier, les folioles sont indépendantes mais se distinguent du type ordinaire par le fait qu'elles ne se rétrécissent pas à leur base et que leur insertion sur le rachis de la palme s'effectue sur toute leur largeur. Alors que les folioles des feuilles adultes du palmier ordinaire se dirigent, plus ou moins alternativement vers le haut et vers le bas, on constate ici que, par suite de leur attache renforcée, toutes les folioles d'un même côté du rachis se situent pratiquement dans le même plan ; la palme reste dressée, ce qui donne à la couronne de l'arbre un port élancé caractéristique. Il a été proposé de désigner ce type spécial sous le nom de pseudo-idolatrica.

 

Il est intéressant de noter que ces trois types de feuilles sont complètement indépendants des caractéristiques présentées par le fruit. Si l'on tient compte, à la fois, des types de fruits et des types de palmes, on aboutit finalement à 72 (24 x 3) phénotypes possibles.

 

2 -  Système de reproduction

 

Inflorescences et fleurs

 

Tout comme le cocotier, le palmier à huile est monoïque. Tandis que chez Cocos nucifera, les fleurs mâles et femelles se rencontrent sur une même inflorescence, chez Elaeis guineensis elles sont portées sur des régimes différents.

Le palmier à huile, espèce à floraison continue, possède un bourgeon inflorentiel à l'aisselle de chaque feuille. Parfois, chez l'arbre adulte surtout, ce bourgeon peut avorter au cours de son développement. Les inflorescences formées se composent soit uniquement de fleurs mâles, soit de fleurs femelles, soit plus rarement de fleurs des deux sexes (inflorescences mixtes).

 

L'inflorescence de l'Elaeis, portée sur un pédoncule, est composée d'épis. Ceux-ci s'insèrent sur un rachis central, suivant un dispositif identique à celui des feuilles sur le stipe. Le tout est entouré de deux spathes (axe). Chacune d'elles correspond à la gaine d'une feuille dont le limbe n'est plus figuré que par la pointe de la spathe, généralement recourbée en forme de crosse.

 

Sur le rachis, chaque épi est sous-tendu par une bractée. En dessous du niveau d'insertion des épis les plus bas, le pédoncule porte un certain nombre de bractées, le plus souvent de six à dix. Parmi ces dernières, les deux inférieures, beaucoup plus longues, constituent les bractées sous-tendantes de l'ensemble des épis ; les autres correspondent à des épis avortés, simplement représentés par un bourrelet.

 

Le nombre d'épis est indépendant du sexe des fleurs qui y sont insérées. Il s'accroît avec l'âge et, pour un âge donné, constitue une caractéristique individuelle.

Inflorescences mâles

 

Le pédoncule est beaucoup plus allongé que celui des régimes femelles et, au moment de l'anthèse, les épis sont d'habitude entièrement en dehors des spathes.

 

Les épis sont de forme cylindrique ; l'axe, court et acuminé à son extrémité, porte, dans de petites alvéoles, les fleurs mâles sessiles, sous-tendues chacune par une bractéole terminée par une petite pointe. Les fleurs sont disposées sur l'épi suivant la même formule que les épis sur l'axe et les palmes sur le stipe. La longueur des épis augmente avec l'âge. Le nombre total de fleurs portées par chacun d'eux fluctue de 700 à 1 200.

De petite dimension, la fleur se compose, de l'extérieur vers l'intérieur, d'un périanthe de six pièces (tépales) disposées en deux verticilles, de six à onze étamines dont les filets sont soudés en tube à la base, et d'un gynécée tricarpellaire rudimentaire (Figure 9.2.1.). À noter qu'au moment de la maturité, la partie libre des filets s'allonge, ce qui permet le renversement des anthères.

 

Le nombre moyen de fleurs femelles par épi s'accroît avec l'âge et varie d'un individu à l'autre ; dans tous les cas, les épis centraux en comptent un nombre beaucoup plus grand (jusqu'à 20 à 30) que ceux de la base ou du sommet (12 ou moins). Les inflorescences de certains arbres adultes peuvent porter plus de 3 000 fleurs femelles.

 

Chaque fleur femelle sessile est flanquée latéralement de deux fleurs mâles accompagnatrices, minuscules et pédicellées, qui d'habitude avortent avant l'anthèse de la fleur pistillée 2. C'est donc un groupe trifloral qui se trouve à l'aisselle de chaque bractée (Beccari, 1914).

 

La fleur femelle comporte un ovaire tricarpellaire à trois loges, surmonté d'un stigmate sessile à trois lobes ; chaque loge renferme un ovule orthotrope. L'ovaire est entouré à sa base d'un androcée rudimentaire réduit à un anneau surmonté de six à onze petites proliférations pointues (vestiges de filets staminodiaux), dénommé couronne staminodiale. Le tout est entouré d'un périanthe de six tépales, lui-même renfermé entre deux bractéoles (Figure 9.2.3.).

 

 

Chacune des fleurs mâles accompagnatrices est constituée comme une fleur mâle normale ; l'une d'entre elles, celle située le plus vers l'extérieur du spadice, est protégée par une bractéole. Occasionnellement, deux fleurs femelles peuvent se former, au lieu d'une, entre les deux bractéoles (groupe quadrifloral).

 

Sur les extrémités des épines terminales de certains épis, fortement allongées par rapport aux autres, on observe parfois la présence d'une ou deux fleurs femelles, nettement extérieures à l'ensemble du régime. Elles se développent en fruits normalement constitués ; autrefois, ces derniers étaient désignés par certains planteurs du Congo sous le vocable "fruit en baïonnette".

Inflorescences mixtes

 

Les inflorescences mixtes ou hermaphrodites se rencontrent chez certains palmiers. Lorsqu'on passe d'une série mâle à une série femelle, les épis de la base (les premiers différenciés) sont mâles et les autres femelles. Dans l'éventualité contraire, les épis pistillés sont en dessous et les staminés au-dessus. À la jonction des zones mâle et femelle, il n'est pas rare de trouver des épis mixtes et sur ceux-ci, au niveau de transition des sexes, des fleurs typiquement hermaphrodites, à gynécée et androcée parfaitement fonctionnels.

 

Parfois aussi, au niveau des transitions de sexes, on observe des inflorescences d'apparence femelle mais qui, au lieu de porter des fleurs pistillées, se composent de fleurs mâles. La fleur femelle a avorté ; son emplacement est occupé par les deux fleurs mâles accompagnatrices qui se sont développées normalement.

 

Inflorescences andromorphes

 

Il s'agit d'inflorescences qui, lors de l'ouverture des spathes, ressemblent à s'y méprendre à des inflorescences mâles. Cependant, elles ne comportent que des fleurs femelles "groupées à la manière de fleurs mâles et enveloppées comme celles-ci". Ces fleurs, de petites dimensions, sont le plus souvent apocarpes et avortent très tôt. Ce type d'inflorescences, dénommées "andromorphes" par Beirnaert, est relativement rare et n'apparaît le plus souvent que dans le jeune âge.

Remarque : à partir de tous les primordiums floraux, on observe des organes mâles et femelles mais, de façon générale, les uns ou les autres restent rudimentaires ; la monoécie du palmier est donc de nature secondaire. Les sexes sont séparés dans le temps et dans l'espace ; par conséquent, l'allogamie est de règle.

 

Ratio sexuel

Le ratio sexuel s'exprime par le rapport du nombre d'inflorescences femelles à celui des inflorescences mâles ou par le rapport du nombre d'inflorescences femelles au nombre total d'inflorescences. Il présente de très fortes variations suivant l'âge, la variété ou l'origine du matériel considéré. On observe des différences sensibles d'une lignée à l'autre et entre palmiers d'une même descendance.

 

En Afrique, le ratio sexuel se montre le plus élevé pour les Elaeis originaires de la Côte-d 'Ivoire ( La Mé ). Il est quelque peu inférieur pour l'origine "Yangambi" et nettement moindre pour les introductions "Deli".

 

Dans une descendance déterminée, ce sont les pisifera qui offrent le rapport le plus élevé ; viennent ensuite les tenera et finalement les dura. À ce sujet, il a été observé, à Yangambi, sur de très jeunes descendances "tenera x tenera", les valeurs ci-après :

 

 

Le ratio sexuel varie au cours des saisons ; c'est une conséquence des modifications du métabolisme (rapport carbone/azote) dues en ordre principal aux fluctuations climatiques (pluviosité et lumière).

À noter que, lors de l'entrée en production, un trop petit nombre d'inflorescences mâles peut parfois entraîner une fécondation insuffisante résultant de la trop faible quantité de pollen disponible. Dans une telle éventualité, la pollinisation artificielle s'impose parfois.

 

3 - Histoire de l'amélioration du palmier à huile

 

Les premiers travaux de sélection du palmier à huile ont été entrepris aux Indes néerlandaises, il y a 3/4 de siècle. Les Belges au Congo, les Français en Côte-d'Ivoire surtout, puis les Anglais en Malaisie et au Nigeria ne tardèrent pas à suivre l'exemple des Hollandais. Tandis qu'en Extrême-Orient la sélection se pratiquait au départ du type dura, en Afrique on faisait généralement appel au type tenera.

 

Ci-dessous est brièvement résumée l'histoire de l'amélioration dans les pays précités.

 

Extrême-Orient

Indes néerlandaises

 

En 1848, quatre plants de palmier à huile ont été introduits à Java, au Jardin botanique de Buitenzorg (actuellement Bogor). Leur origine est quelque peu mystérieuse ; deux proviendraient soit de l'île de la Réunion (île Bourbon), soit de l'île Maurice (île de France) ; les deux autres auraient été expédiés par le Jardin botanique d'Amsterdam. Elaeis guineensis ne se rencontre, à l'état spontané ou subspontané, dans aucune des deux îles précitées ; il y aurait été introduit d'un endroit inconnu de l'Afrique occidentale, vers 1822. Il est permis de supposer que les plants de Maurice ou de la Réunion et ceux d'Amsterdam étaient issus de la même source via une de ces îles.

 

Les caractéristiques de ce matériel de départ sont mal connues. Les quatre palmiers sont considérés comme assez semblables quant à leur phénotype, mais deux seuls restent en vie et aucune donnée n'a été publiée concernant la composition de leurs régimes et de leurs fruits.

Durant 60 ans environ, les premiers arbres introduits servent uniquement à la production de plantes ornementales. En 1911, le Belge Adrien Hallet (ingénieur agronome de Gembloux) installe la première palmeraie industrielle sur la côte est de Sumatra. En trois ans, il établit quelque 2 900 ha au départ de semences récoltées sur les Elaeis d'une avenue de Deli ; ceux-ci sont reconnus non seulement comme plus productifs que ceux d'Afrique mais aussi comme donnant des fruits plus riches en huile.

Les extensions, freinées par la première guerre mondiale, reprennent par après et atteignent environ 35 000 ha en 1925. Elles ne cessent de croître par la suite ; à la veille de la seconde guerre mondiale, elles s'élèvent à près de 122 000 ha.

 

Les premiers travaux d'amélioration de la production en huile débutent en 1923. Ils sont entrepris, d'une part, par l'AVROS et, d'autre part, par les grandes compagnies de plantations.

 

La fécondation artificielle pratiquée entre individus choisis pour leur haute production donne naissance à une première génération plantée entre 1927 et 1933 ; elle est suivie de plusieurs autres. Ce travail réalisé uniquement sur du matériel dura aboutit, par consanguinité et épuration, à la fixation d'une race géographique, le dura "Deli".

 

Le "Deli" possède un type morphologique bien défini, fixé et parfaitement acclimaté aux conditions d'Extrême-Orient. L'arbre a un stipe trapu et une couronne décombante ; la feuille, au pétiole très large et épais à la base, présente une arcure aux deux tiers de sa longueur à partir du tronc. Le régime, peu épineux, porte de gros fruits dont la composition moyenne est approximativement la suivante : 60 à 65 % de pulpe, 30 % de coque et 10 % d'amande. Le "Deli" est donc un très bon dura. Son intérêt réside dans sa haute productivité en régimes et la haute teneur en huile de ceux-ci (jusqu'à 20 % d'huile sur régime contre 14 % pour les meilleurs dura africains spontanés).

À Sumatra, la sélection de "Deli" a abouti à des résultats très spectaculaires, favorisés, il est vrai, par les excellentes conditions climatiques et édaphiques de la côte est. En 1940, sur des dizaines de milliers d'hectares, on obtenait 3 t/ha d'huile ; certains champs généalogiques produisaient de 4,5 à 5 t/ha.

 

Il y a lieu de mentionner qu'à plusieurs reprises, du matériel africain a été introduit à Sumatra. En général, les semences importées provenaient d'arbres n'ayant donné lieu à aucun choix sérieux, aussi leurs descendances ne furent-elles pas retenues. Toutefois, une de ces introductions eut beaucoup plus de succès ; il s'agit de celle réalisée par l'AVROS en 1921-1922 et qui consistait en graines récoltées sur le fameux "Djongo" du Jardin botanique d'Eala (Congo), palmier tenera dont on reparlera.

Les semences de fécondations libres d'Eala furent plantées au Jardin de sélection de Sungei Pantjur. Parmi les fils des Djongo, un tenera bien connu, le SP540 dont le taux d'huile sur régime voisinait 24 % (moyenne de sept analyses), fut autofécondé. Les 123 palmiers ainsi obtenus furent plantés à Polonia en 1931. Sept d'entre eux furent choisis pour leur haute richesse en huile.

 

Il est intéressant de noter que la ségrégation en tenera, dura et pisifera, à laquelle l'autofécondation aurait dû donner lieu, n'a pas frappé les spécialistes de l'époque. Il est difficile d'admettre qu'il y ait eu un manque d'observations ; il est plus vraisemblable de croire en l'illégitimité de la fécondation. Ajoutons qu'en 1953, Pronk, étudiant la F 1 du SP540 autofécondé et la G 2 issue d'autofécondations et de croisements réalisés dans la F 1 du SP540, signale l'existence de dura remarquables et la présence de deux pisifera seulement, parmi les 123 individus examinés. Ce fait confirme le manque de rigueur de l'autofécondation et l'on est en droit de se demander si les sept arbres choisis, dont question plus haut, étaient réellement des "SP540 x SP540" ou, tout simplement, des croisements "SP540 x Deli".

 


Malaisie

L'Elaeis, en provenance d'Indonésie, est introduit en 1875 au Jardin botanique de Singapour ; néanmoins, l'établissement de grandes palmeraies ne débute qu'un demi-siècle plus tard. Ces dernières sont créées au départ de graines d'origine locale ou de graines importées de Sumatra, dans les deux cas de matériel Deli.

 

La sélection ne débute qu'en 1930. Les premières observations sont effectuées à la Station expérimentale centrale de Serdang ("Central Experiment Station of Serdang"). Par la suite, les grandes sociétés commencent, elles aussi, leur propre sélection ; comme à Sumatra, tous ces organismes ne travaillent pratiquement que le dura "Deli".

 

L'intérêt du tenera n'apparaîtra réellement que vers 1950.

 

Signalons qu'en 1952, Jagoe décrit deux palmiers, apparus dans les descendances Deli, caractérisés par la grosseur et la faible élongation de leur stipe (4 m de hauteur à 15 ans) ; ils sont connus sous le nom de "dumpy palms" ou palmiers nains. Un seul de ces arbres, le E206, a été retenu. Son autofécondation s'est révélée très uniforme du point de vue végétatif, les

publié par planete sans souffranc'es dans: AGRICULTURE
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